En route vers les immensités nord du désert de Catamarca

(du 20/10 au 31/10/23 )

 

Nous quittons le magnifique domaine PIATTELLI situé dans la vallée Calchaqui, à l’ouest de la province de Salta.
Les rares précipitations et les rivières qui canalisent les eaux de fonte vers la vallée reflètent le paysage caractéristique de la région où la végétation indigène se mêle à l’aridité imposante.
La vallée s’étend au milieu de deux grands massifs : la Sierra de Quilmes et la Cumbres Calchaquies qui gardent en leur sein encore bien des trésors et des mystères anciens.

 

 

Nous décidons d’emprunter la vallée Calchaquies  pour remonter vers le village de Cachi.
La piste que nous empruntons est très belle, surtout lorsque nous traversons « El Ventisquero », un ensemble de formations rocheuses, sculpté par les vents et les pluies au fil des ans.
Ça et là, quelques anciennes maisons en adobe gardent encore la tête haute dans ce paysage désertique et fort peu habité.

 

MIRADOR « EL VENTISQUERO »

 

Une petite halte nous permet de savourer à pied ce merveilleux paysage .

Mais, l’heure avance et le soleil va bientôt entamer sa douce descente vers l’horizon. Il est temps pour nous de nous trouver un bivouac pour la nuit.
Une bonne vingtaine de km plus loin près de El Carril, nous apercevons l’entrée du vignoble El Cese Angastaco sur la droite de la piste. Après une prise de contact avec le propriétaire, ce dernier ne voit aucun inconvénient à ce que nous passions la nuit en sécurité sur son parking et une petite dégustation avant le repas du soir n’est jamais de refus… 😊

 

 

Chargés d’une caisse de vin supplémentaire pour nos coins perdus, nous poursuivons notre traversée de la Vallée de Calchaquies au petit matin.
Les roches disparaissent progressivement pour laisser place à une large vallée plus verdoyante.
A notre grand étonnement, de grandes étendues y sont cultivées alors que l’habitat est plutôt rare et éparse.
Nous longeons de longs canaux d’irrigation en contrebas de la piste, à l’ombre d’arbustes, qui ont été créé afin d’apporter l’eau nécessaire à l’ensemble de ces cultures.

 

 

En chemin, nous faisons un stop à Seclantás, un charmant petit village de tisserands, où un artisan fabrique au fond de sa cour, depuis plus de 30 ans, des tapis à l’ancienne à l’aide d’un très vieux métier à tisser.

 

 

Nous avons appris par des Argentins croisés à Colomé que ses produits de teintures sont tous naturels et qu’il est possible de lui commander un modèle sur mesure. L’idée nous tente… Nous décidons donc d’aller à sa rencontrer.

Guiso Morales nous reçoit avec plein de gentillesse dans l’antre de son art, une arrière cour bien dissimulée derrière des maisons.
Il nous explique comment il procède à chaque étape des teintures et nous montre le fonctionnement de son vieux métier à tisser.

 

 

Nous lui commandons une petite tapisserie (tapis mural) que nous espérons voir finie avant Noël pour notre retour en Belgique.

On y croise de charmants habitants, curieux de connaître notre histoire, avec lesquels nous passons un peu de temps. Merci à eux de nous avoir offert leur visage en souvenir.

 

Plus loin, à la hauteur du village de Molinos, nous bifurquons vers la gauche. Il s’agit d’un détour de 14 km pour atteindre Colomé et son magnifique domaine vinicole.
Nous avons programmé une dégustation de leurs vins issus de vignes plantées entre 2300 et 3100 m d’altitude ainsi qu’un repas à leur Estancia.

Sur ces 14 km de piste, nous traversons un paysage désolé et hérissé de cactus. Pourtant, c’est ici que des hommes et des femmes ont décidé d’y faire un vin d’altitude d’exception…

Soudain, le village surgit de ce décor désertique. Nous grimpons la dernière petite côté qui mène à la Bodega Colomé.

 

Aux mains des familles Isasmendi-Dávalos durant près de 170 ans, on apprend que le domaine a été acquis en 1998 par le Suisse Donald Hess et son épouse suite à un gros coup de coeur.
En quelques années, ils en ont fait un domaine de référence de production de vins d’altitude haut de gamme d’Argentine. Leurs vins sont exportés dans plus de 25 pays dans le monde.

Mais, la famille Hess ne s’arrête toutefois pas là. Elle sent qu’elle a aussi une responsabilité sociale : on apprend qu’elle participe aussi à la construction du centre communautaire, de l’église ainsi qu’à l’amélioration de l’école et des logements du petit village de Colomé.
Aujourd’hui, la Bodega Colomé fournirait un travail et un revenu à la plupart des personnes qui y vivent.

 

 

 

 

 

 

 

Mais, visiter la Bodega Colomé, c’est également visiter son musée, le musée de la lumière de James Turell, un espace de 1700 m2 qui nous fait découvrir 5 décennies de la carrière de l’artiste. Ses oeuvres mettent en jeux la lumière, sa perception et son effet dans un espace donné.

 

 

Impressionnés par l’oeuvre de l’artiste américain, nous demeurons toutefois subjugués par l’endroit choisi pour établir un tel musée… Cette construction intérieure absolument étonnante, située au coeur d’un vignoble logé lui-même dans un minuscule village perdu au milieu de nulle part, dont le seul accès est une piste en terre battue souvent chaotique de 114 km au départ de Cafayate (1ère petite ville) et à 204 km de Salta (capitale de la province), restera pour nous une découverte surprenante. Entièrement financé par Donald Hess, grand collectionneur à ses heures, il s’agit du premier musée dédié à à l’oeuvre de James Turrell.

Un petit plongeon à cette altitude, 3200m fraîcheur assurée, nous remet d’aplomb avant de reprendre la route pour Cachi.

 

 

Cachi : 

Nous y avons rendez-vous avec nos amis, Luc et Sabine, mais surtout avec leur fille Constance, arrivée de Belgique pour deux semaines de vacances.  Elle nous rapporte un bien précieux pour nous, un détendeur de rechange pour notre réservoir de LPG, bloqué depuis le Brésil. Nous avons dû acheter une petite bouteille de gaz temporaire en attendant de disposer de cette pièce de rechange.
Le changement fut finalement assez aisé et notre réservoir de LPG a pu, avec soulagement, reprendre ses fonctions en nous redonnant une autonomie en gaz importante.

Cachi est un petit village pittoresque aux ruelles pavées et aux maisonnettes blanches, de style colonial, avec une jolie placette centrale arborée et verdoyante.
On y apprend que l’ethnie indienne Diaguita, peuple d’agriculteurs sédentaires et potiers,  y habitait avant la conquête hispanique.


Nous y arrivons la veille des élections présidentielles et le petit village est plongé dans le calme le plus total.
Quelques restaurants demeurent ouverts mais on nous prévient qu’il leur est interdit de vendre de l’alcool au-delà de 20h.
Craindraient-ils que les Argentins ne « s’alcoolisent »  le sang la veille des votes et qu’ils fassent du grabuge… ?

Nous nous y promenons, pour une fois, sans appareil photo, savourant en toute liberté la découverte des lieux.
Maaah que c’est bon parfois !

Le lendemain, nous quittons nos amis qui font route vers le sud et mettons le cap sur Salta pour y gérer toute l’intendance nécessaire avant de nous lancer pour plusieurs jours dans le nord du désert du Catamarca.
La terrible descente qui conduit à Salta depuis Cachi nous amène à traverser l’impressionnante Cuesta del Obispo.

 

 

 

Notre prochain point de chute est San Antonio de Los Cobres, entrée nord du désert de Catamarca.

Mais, Santa Rosa de Tastil sera notre point de bivouac intermédiaire.
Ce pays est vraiment gigantesque et les distances d’un point à l’autre, considérables !
Au sommet du village de Santa Rosa de Tastil se trouve les vestiges, découverts en 1908, d’un immense site pre-Incas, la civilisation Tastil qui aurait vécu sur cette montagne de l’an 1.300 à l’an 1.450, avant l’arrivée des Incas, eux-mêmes chassés par l’arrivée des Espagnols en 1632.
Une équipe d’archéologues y aurait travaillé trois années durant, entre 1967 et 1970.
Au vue du nombre d’enclos en pierres (1.160), plus de 2.000 personnes auraient vécu sur ce sommet situé à 3.300 m d’altitude, offrant une vue à 360 degrés sur la vallée.

 

 

On y a envoyé le drône pour essayer de capter l’étendue de ces vestiges. Ce ne fut même pas suffisant.

 

La Ruta 51 menant à San Antonio de Los Cobres est fort jolie, la grimpette aussi par ailleurs.

 

San Antonio de Los Cobres :

 

J’ai passé quelque temps avec cette personne de 86 ans qui venait d’acheter son énorme sac de « chips multicolores » au marché local. Elle était magnifique, d’une gentillesse incroyable. Elle m’a parlé de sa vie, de ses enfants, de la ville où elle avait grandi… Elle voulait être belle pour moi, pour la photo pour laquelle je lui ai demandé bien évidemment son autorisation.

 

Après une nuit passée à San Antonio de Los Cobres, nous nous lançons à l’aventure du désert de Catamarca.

 

 

 

Nous traversons un petit village de quelques habitations et une école, et poursuivons notre chemin.

Devant nous, s’étend le salar de Pocitos.

 

Après l’avoir coupé, nous entamons la traversée vers los Colorados et el Desierto del Diablo.

 

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Nous passons une nuit au calme dans un des derniers petits villages (dont je ne trouve plus le nom) situé à plus de 4.000m, à côté d’une ancienne gare de chemin de fer menant à une mine. Cette dernière est apparemment toujours exploitée car des camions continuent d’aller et venir au loin.

Au réveil, il ne fait pas bien chaud. Les températures frôlent les 5 C. Le camion peine à se remettre en route. Nous avons pourtant mis de l’antigel dans le gasoil lors du dernier plein de carburant…

 

Notre prochain objectif est le salar d’Antofalla en passant par El Cono de Arita, un cône naturel parfait.

Au vue de la pancarte à l’entrée, la traversée du salar de Arizaro promet … La sécheresse a craquelé la terre sur toute sa surface.  Nous veillons à ne pas quitter la piste car, avec les 11,2 tonnes que pèse notre véhicule, pas sûrs qu’en dehors, la terre résiste. Pas trop envie de terminer desséchés comme ce crâne à l’entrée !

 

 

Un peu plus loin, nous croisons une piste d’atterrissage en plein salar… Mais qui peut donc bien se poser dans ce no man’s land salé ?

 

 

 

Enfin, à l’extrêmité sud du salar Arizaro, nous apparaît El Cono de Arita, l’une des formations naturelles les plus étonnantes d’Argentine, située à plus de 3.690m d’altitude, en pleine Puna, entre les villes de Caipe et de Tolar Grande.
Son nom « Arita » lui aurait été donné par les peuplades aborigènes qui vivaient dans la région. Cela signifierait, en langue Aymara, « aiguisé », « piquant ».

 

 

 

Au bout, la piste mène à une exploitation minière que nous évitons (ce territoire nécessite des autorisations)  en contournant le Salar et le Cône de Arita par l’ouest.

 

 

Le salar d’Arizaro sur lequel repose ce cône est le plus grand salar d’Argentine (1600 km2) et le troisième salar au monde,  après celui d’Uyuni en Bolivie et d’Atacama au Chili.
Le nom du salar signifierait « perchoir de vautour » en langue Kunza. Il serait lié aux condors qui survolaient cette zone lorsque le bétail était transporté à pied vers le Chili par cette route même. Il est très riche en sel commun, mais aussi en fer, marbre, cuivre et onyx.

 

 

La piste que nous empruntons pour nous rendre à Antofalla nous réserve quelques difficultés. De plus en plus étroite, elle nous meurtris de secousses. Son revêtement est semblable à une tôle ondulée, large et profonde. Notre progression se fait lente… Pas trop envie de provoquer de la casse sur notre véhicule.

 

 

L’arrivée par le haut, sur le salar d’Antofalla en ce milieu d’après-midi, est une véritable récompense après ces dizaines de km de pistes infernales.
Nous plongeons littéralement sur une pure merveille sortie tout droit de la palette d’un peintre.
Nous demeurons là un bon moment, émerveillés par cette immensité colorée.

 

 

Le salar d’Antofalla (3.300m d’altitude) :

Long de plus de 150 km, sa superficie atteint les 500 km2.

A l’exception de la toute petite localité d’Antofalla située à l’est du massif, non loin du salar, la région est quasi inhabitée.
Le village d’Antofalla ne compte qu’une quarantaine d’habitants et 96 km de pistes le séparent de la ville d’Antofogasta de la Sierra.
Il s’agit d’une des régions les plus isolées du pays, dépourvue de route.
C’est là que nous décidons de passer la nuit.

 

 

Une grande faim nous pousse vers l’unique « restaurant » du coin. Mais, « restaurant » est un bien grand mot. Il s’agit, en réalité, de la propre salle à manger d’une habitante du village, âgée de 87 ans, qui a donné naissance à 14 enfants dont beaucoup vivent du côté de Salta.
Nous pénétrons dans la cour intérieure de sa maison où jouent des enfants. Elle nous invite alors à entrer dans sa salle à manger où sont suspendus encore au mur les vestiges d’une fête d’anniversaire.

 

 

Encore en pleine forme pour son âge, c’est avec beaucoup de chaleur et de simplicité qu’elle nous accueille et nous raconte joyeusement sa vie. Une de ses filles et 2 de ses petits-enfants vivent avec elle au village.
A l’école, ils ne sont pas bien nombreux : seuls 7 enfants entre 4 et 11 ans suivent les leçons d’un professeur qui vient spécialement pour eux durant la semaine. Le Week-end, il rentre chez lui à Antofogasta.

Ici, ni menu, ni de carte.
Voyons donc voir ce que j’ai en stock ??? … Ce sera du lama pané accompagné de purée de pommes de terre.
C’est sa fille qui se met aux fourneaux.
Nous partageons ensemble une bouteille d’un vin, provenant de l’unique kiosko du coin, qu’elle semble plutôt bien apprécier.

 

Au petit matin, nous longeons le salar d’Antofalla sur des dizaines de km avant de pouvoir le traverser dans le sens de sa largeur et partir vers les montagnes situées sur l’autre « rive » pour rejoindre la ville d’Antofogasta de la Sierra.

 

 

 

 

Passés sur l’autre rive du salar d’Antofalla où des gens semblent travailler au loin, nous grimpons rapidement vers les montagnes en direction du volcan Tinchos (4.020 m) que nous longeons et contournons durant un bon moment.

 

 

Au sommet, un dernier regard sur ce merveilleux salar que nous ne reverrons vraisemblablement jamais…

 

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Partie du volcan Tinchos

 

Arrivés au sommet du col, une belle descente nous attend vers la vallée où se niche, encore cachée, la petite ville d’Antofogasta de la Sierra.

 

A Antofogasta de la Sierra, nous rencontrons un couple de voyageurs, originaires de Suisse, avec lesquels nous passons l’après-midi et une partie de la soirée. Ils se rendent à Piedra Pomez, ce site unique au monde constitué d’un immense champ de grandes pierres ponces blanches.  Nous l’avons déjà visité lors de notre traversée de la partie sud du Catamarca, au départ d’El Peñon. Ce n’est donc plus au programme.
Par contre, nous avons un problème urgent à régler : notre boiler de 30L perd de l’eau et inonde le garage. Nous avons peur que cela ne s’aggrave. Au montage, aucun système n’a été prévu pour couper l’arrivée d’eau au boiler. C’est une erreur.
Ce dernier ne cesse donc d’être alimenté par nos réservoirs dès que nous tirons de l’eau au robinet.
Il nous faut quitter le désert du Catamarca au plus vite, en évitant les secousses, donc les pistes afin de trouver l’origine de la fuite.
La seule solution est de passer par El Peñon depuis Antofogasta, une route que nous avions déjà empruntée.  Nous voulons rejoindre la grande ville de Salta où nous aurons le plus de chance d’être aidés…

Voilà !   A bientôt donc, du côté de Salta !

 

 

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Moens
Moens
2 mois il y a

Superbes rencontres, avec ou sans vin! Que du plaisir, malgré quelques ennuis techniques! Stay cool!

Paul Van der Elst
Paul Van der Elst
2 mois il y a

Que de paysages fabuleux, que d’aventures e de rencontres humaines ?
Magnifique, bravo et à bientôt

Anne-Caroline
Anne-Caroline
2 mois il y a

Vos photos étaient déjà superbes, mais le drone amène vraiment encore plus de grandiose dans ces paysages magnifiques qui font rêver !
Mais au fait, elles ont donné quoi les Présidentielles… 😉

Dernière modification le 2 mois il y a par Anne-Caroline
ALCOL
ALCOL
2 mois il y a

Hello les amis,

Atmosphère calme et tranquille qui incite à la réflexion voire la méditation…
Magnifiques portraits qui nous permettent de prendre un peu de recul…
Paysages époustouflants, sauvages et reposants…
Souci mécanique, mais bon on a confiance dans votre capacité à trouver
la bonne solution.
Vos photos et textes sont pour nous un véritable trésor d’histoire et de géographie.
Bravo et merci encore…

Biz à partager
Colette et Alain