Traversée sur l’Atlantic Sea via Liverpool

 Naviguer d’Anvers à Halifax, nous en rêvions depuis longtemps sans vraiment réaliser que le départ approchait à grand pas.

Malgré que nous nous y étions pourtant bien préparés, notre départ connut une continuité de rebondissements qui nous ont (fortement) occupés jusqu’à la dernière minute.

En plus, le jour même du départ, un message alarmant sur le tableau de bord nous indiquait un problème au niveau des freins. Passage express au garage pour démonter les 4 roues et changer l’ensemble des capteurs de freins. Fichue électronique !

Nous quittons fort heureusement Bruxelles sans plus aucuns témoins lumineux alarmants au tableau de bord. Notre direction : le port d’Anvers.

 

7ème jours de mer : les mots commencent enfin à me titiller l’esprit. Est-ce le chiffre 7 qui délie soudainement mes synapses et me donne envie de prendre la plume ? Certains croient en la magie des chiffres. Moi, je ne sais pas… J’avoue toutefois que le chiffre 7 ne m’est pas indifférent : il représente en premier le jour de ma naissance. Mais il a aussi une signification biblique que je ne peux ignorer : on n’efface pas 25 années d’éducation catholique d’un revers de la manche…

Nous sommes en plein cœur de l’Océan Atlantique, sur un bateau à la fois porte-containers et Roro (Roll on, roll off). Notre seul horizon à 365° est la mer d’où surgissent, de temps à autre, ses hôtes marins, baleines et dauphins. Nous relions Anvers à Halifax, après un passage par Liverpool.

Au port d’Anvers, nous découvrons un spectacle que je n’avais même pas suspecté : un ballet incessant de grandes « girafes » jaunes transportant d’immenses « ballots » d’acier sur fond de concert métallique et de sirènes s’offre à nous. Des milliers de fourmis humaines œuvrent sans relâche pour charger et décharger ce que les océans transportent, au gré du temps et des besoins, sur leur manteau tantôt bleu encre, tantôt turquoise, tantôt pourpre au soleil couchant.

Nos compagnons de voyage sont philippins, russes, japonais, Lituaniens, américains, anglais, polonais et belges. Seuls sept d’entre nous sont des passagers. Les autres sont des techniciens pointus qui font tourner ce colossal vaisseau.

La langue anglaise nous connecte les uns aux autres.

En plein milieu de l’Océan, rien ne vient polluer notre esprit : ni journal local, ni TV, ni internet, ni téléphone.

Durant ces six premiers jours, nous avons dû dormir en moyenne 10 à 12 heures par jour. Notre corps avait emmagasiné une telle fatigue sur les trois derniers mois avant le grand départ, que nous n’avons pas pu faire autrement que de l’écouter et le nourrir de repos.

A l’insu de mon plein gré, j’ai dû me mettre dans les poches à la fois de Dieu Râ et le Dieu Poséidon : le soleil est au zénith depuis le départ et la mer, de velours. C’est à peine si nous sentons notre vaisseau osciller. Bien qu’Ulysse fut un héros de mon enfance et que son long périple pour rejoindre Ithaque me fit rêver, j’éviterai bien d’offenser les Dieux pour atteindre le Canada à la date prévue. 😉

A quoi peut-on bien passer ses journées sur un monstre de fer (qui n’a rien à voir avec « la croisière s’amuse ») en plein océan ?

Eh bien, à satisfaire les besoins les plus élémentaires du corps humain : manger, boire et dormir. Mais aussi et surtout à sentir, écouter, observer, se taire, réfléchir, méditer, lire, écrire et échanger… En bref, savourer la simplicité de l’instant présent.

 

Les journées sont rythmées par les horaires de la cuisine, à savoir 8h, 12h, 17:30h.

Nous savions que ce n’était pas une croisière avec casino, bar, soirées spectacle et c’est bien ce que nous attendions : une vie de partage avec l’équipage où nous pouvions circuler sur le pont, observer les différents postes de surveillance (moteur, incendie, gaz), suivre la cartographie sur ordinateur, les radars, la barre, la station météo, et autres.

Bon nombre de ces instruments se retrouvent en deux, trois, voir quatre exemplaires à différents endroits du pont.

Les pilotes, que nous accueillons à l’entrée et à la sortie des ports, indiquent le chenal et commandent le navire avec une précision extrême. Pour sortir d’Anvers, par exemple, un premier pilote est monté à bord juste pour passer une écluse, un second (une femme) pour atteindre la mer et, enfin, un troisième pour diriger le cargo entre l’embouchure de l’Escaut et Ostende.

Et l’exercice physique ?

Etant donné que je n’ai pas encore le don de courir sur la mer d’huile qui nous entoure, j’ai fait, pour ma part, un pacte temporaire avec les quelques engins de la salle de sport à notre disposition : 5 km par jour de course sur le tapis roulant et 15 minutes de rameur. Ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, mais j’assure 😉

Ce matin, Jacob, notre charmant capitaine de vaisseau nous a emmenés visiter l’antre de la bête : elle comporte environ 12 niveaux. Je dis « environ », car certains d’entre eux sont mobiles et s’adaptent à la hauteur du chargement.

Je peux vous assurer que notre vaisseau a un appétit féroce : il a avalé bateaux, camions, engins agricoles, parties d’avion, machine industrielles, voitures, ainsi que d’énormes caisses de bois et des centaines de containers en acier (max 1600). C’est là que nous tombons sur notre camion, rassurés qu’il ait été « avalé » par le bon cargo : une simple erreur de logistique aurait pu le voir partir pour l’Afrique, dans le monstre marin à quai à Anvers, juste à côté du nôtre.

Certains containers sont réfrigérés à -25°C. Ils contiennent des denrées ou du matériel médical, comme des vaccins. Ces derniers sont contrôlés toutes les 12 heures car leur cargaison est précieuse.

En cas de problème, nous savons maintenant sur quelle plate-forme nous rendre (Alpha, Bravo ou Charlie). J’avoue franchement préférer les éviter l’une comme l’autre. Mais Charlie, située à l’arrière du cargo, demeure la plus impressionnante : la chute vertigineuse du canot de sauvetage ferait pâlir les plus grands amateurs de parcs à sensations.

Je n’y connais pas grand chose en matière de moteur, pistons, soupapes ou bielles, mais là, je peux vous assurer que l’impressionnant dessous de capot de notre camion à l’air d’un « Dinky Toys » (marque de jouet) à côté de celui de notre cargo.

Le moteur, qui active uniquement l’hélice de proue, fait à lui seul 4000 CV.

Quant au moteur principal, doté de 8 cylindres, il développe 22.000 Kilos watt (KW), à 97 tours/minute.

Il propulse nos 100.000 tonnes et 298 mètres de long (et 37 mètres de large) à une vitesse maximum de 19 nœuds (Kn), soit 35 km à l’heure.

Consommation en fuel : entre 52 et 65 tonnes par jour… C’est complètement dingue quand on pense que la mer est densément peuplée de ces monstres de fer !

Et pourtant, la compagnie Grimaldi fait le choix de limiter la vitesse à 19 nœuds maximum et donc le navire possède un « petit » moteur qui ne consomme « que » 75 tonnes /jour à vitesse maximum.

Certains porte containers qui naviguent à 25 nœuds consomment 200 tonnes/jour au prix de 600 $ la tonne… Tout cela pour gagner en vitesse sans se soucier de l’environnement.

En quittant la salle des machines, j’accorde tout mon respect à ces deux ingénieurs russes qui passent leur journée dans ces lieux étouffants, bruyants et inhospitaliers, pour s’assurer que notre monstre marin garde une santé de fer !

 

Notre cargo a été construit au format de l’écluse de Liverpool donnant accès aux docks. Nous l’avons passée « au chausse-pieds » : il restait environ 30 centimètres de chaque côté.

Il fait le tour Anvers-Liverpool-Halifax-New York-Baltimore-Liverpool-Hambourg et retour Anvers en 5 semaines, chargements et déchargements compris.

Soit 10 semaines à bord pour le capitaine pour 10 semaines de repos à la maison. Comme l’avoue notre jeune capitaine Polonais « Jacob », il ne connaît pas de job plus cool, même s’il a de lourdes responsabilités à assumer. Pour les philippins, le rythme est différent, soit 9 mois en mer pour 2 mois au pays.

L’équipage se compose de 25 personnes.

 

Nous étions les seuls passagers entre Anvers et Liverpool. Depuis Liverpool, nous sommes accompagnés d’un jeune étudiant belge en quête de calme pour rédiger sa thèse de doctorat, un américain, un anglais et un jeune couple de Lituaniens. Aucun n’a de véhicule sur le navire. Ils ont choisi ce mode de transport pour différentes raisons.

 

La compagnie ACL, qui fait partie du groupe Grimaldi, participe activement à l’organisation EUMETNET. Il s’agit d’un centre météorologique, géré par l ‘Allemagne et financé par tous les pays européens. Lors des traversées de l’atlantique, le navire lache régulièrement un ballon, doté de sondes, qui s’élève à 20 km d’altitude pour communiquer des données précieuses de température, d’hydrométrie, de pression et autres par satellite pour les prévisions météorologiques.

De même, des échantillons de planctons sont récoltés à des endroits bien précis pendant 24 heures à chaque traversée et envoyés depuis 1931 dans un laboratoire pour analyse.

 

Le bateau suit des routes préétablies en fonction du lieu et de la météo. La vitesse est déterminée aussi en fonction du jour et de l’heure attendue au port d’arrivée. Dans notre cas, notre navigation prendra plus de temps qu’annoncé car le port d’Halifax ne peut nous recevoir avant le 3 juillet, alors que nous avions pris de l’avance et pouvions atteindre Halifax le 1 juillet au soir, jour de la fête nationale du Canada ! What a pitty ! Nous aurions pu être accueillis par un superbe feu d’artifices ;-)))

 

Par conséquent, nous naviguons, à l’heure actuelle, à 13 nœuds au lieu de 18, ce qui n’est pas plus désagréable en terme de silence de fonctionnement, déjà très peu audible.

 

Nous venons encore de rajeunir d’une heure, soit de cinq heures depuis notre départ. Vous nous verriez, nous sommes presque devenus méconnaissables : non, nous ne parlons pas ici de lifting (5 heures ne suffiraient pas !), mais de calme. Les hyperactifs que nous sommes ont enfin lâché prise.

 

 

Nous voilà enfin arrivés à Halifax. Il et 9h30 du matin et nous avons hâte de mettre pied à terre. Après avoir dit au revoir à tout l’équipage et au capitaine du bateau, nous quittons le navire pour un hôtel proche du port, dans l’attente de pouvoir récupérer notre véhicule.

Une visite d’Halifax l’après-midi nous ramène à la civilisation.

Le lendemain matin, il nous aura fallu plus de 5 h pour récupérer notre camion (douane, importation, etc…) car, allez savoir pourquoi, le Canada avait besoin de recevoir des documents en provenance des USA, pour nous fournir les documents de sortie du port et, aux USA, c’était la fête nationale !!!

Nous étions donc une dizaine de familles à attendre, dans un local, que l’administration canadienne puisse joindre quelqu’un aux USA.

Mais bon, quand on a le temps, ce n’est pas mortel et puis, cela nous a permis de rencontrer d’autres voyageurs français, allemands et suisses, bien sympathiques.

Bientôt d’autres photos….

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Michèle Quairiaux
Invité
Michèle Quairiaux

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de choisir ce genre de cargo ?
Obligatoire vu l’énormité de votre camion ?
Avec vous… L’aventure c’est l’aventure !
Bizzzzz

caroline
Administrateur

Ben oui, Michèle. Seuls les cargos « ron on ron off » (roro) peuvent traverser l’Atlantique avec des cargaisons comme notre véhicule… Il y avait aussi des bateaux, des tracteurs, des caisses énormes et des centaines de véhicules en tout genre pour l’exportation.

FGerbo
Invité

Bonjour: bravo pour ce reportage…ne manque que la vue de la cabine arrière !
Moi-même « passager au long cours » depuis 1995, j’avais acheté à une vente aux enchères une maquette de 60 cm de long de l’ACL « Atlantic Kompass », précédente génération et ‘aurais bien voulu voyager à bord, mais il ne prenait pas de passagers! Le rachat de ACL par Grimaldi et surtout la nouvelle génération de « conro » tel que celui-ci m’a enfin permis de faire « Halifax-Anvers, via Liverpool et Hambourg, en août/septembre 2018 à bord du sister-ship « Atlantic Star »,en compagnie de 6 autres passagers internationaux.
François

caroline
Administrateur

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Joe
Invité
Joe

Did you have a cabin aboard the ship to stay in while crossing the Atlantic Ocean or did you stay in you truck while crossing?
I saw you this evening in the parking lot at New Smyrna Beach, Fl. I was on my bicycle and spoke briefly to your husband. I photographed side of truck with web address on the side. That is how I found out who you are.