En route pour la Cordillère blanche

(du 07/06 au 12/06/24 )

Nous quittons la région de Lima, bien embouteillée, avec un plaisir non dissimulé. Ces trois semaines d’attente furent tout de même un peu longuettes même si nous y avons passé quelques bons moments.

Avant de prendre la route des montagnes et de gagner de l’altitude, nous bivouaquons une dernière fois en bord de mer sur un petit parking, à Baya Hermosa Ancon : on y trouve un petit port où l’on peut s’approvisionner en poissons frais.

Au petit matin, le bord de mer est souvent plongé dans la brume. Ce n’est qu’en milieu de matinée, grâce à la hausse des températures, que le Dieu Ra daigne peu à peu dévoiler ses atouts.

 

Ici, les habitués des lieux attendent patiemment les restes de poissons rejetés à la mer par les pêcheurs. Ils savent qu’ils y trouveront un véritable garde-manger sans effort. Ce n’est qu’une question de patience.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tandis que le poisson est vendu sur le quai ou dégusté dans un restaurant du port, les pêcheurs rechargent leurs embarcations de sacs de glace pour la prochaine pêche.
De notre côté, nous faisons notre marché et remplissons le congélateur. Ce n’est pas en montagne que l’on trouvera aisément du poisson.

Une longue digue longe le bord de mer. C’est le moment d’en profiter pour faire une bonne marche avant de reprendre la route.

 

Site archéologique de Caral :

En chemin, nous empruntons la piste venant du sud, plutôt cahoteuse, menant à la ville sacrée de Caral, située dans la province de Barranca où vécu la plus ancienne civilisation connue d’Amérique dont l’âge d’or se situe entre le XVème et le XVIIIème siècle AVANT J.C. !
Il s’agit de la deuxième plus ancienne civilisation antique connue après celle de Sumer en Mésopotamie.
Pour y arriver, il vaut mieux, contrairement à nous, emprunter la piste venant du nord, quasi asphaltée sur toute sa longueur par laquelle nous avons quitté le site. Elle est utilisée par les mini-bus touristiques.
Pour nous, il est trop tard… Nous sommes déjà bien engagés. « Orangina, secouez-moi, secouez-moi ! »

 

La piste traverse d’immenses étendues d’élevage de poulets. Ici, on ne parle pas de poules élevées en plein air mais d’élevage à très grande échelle. Elles sont des millions sous des hangars de fortunes en plein soleil…
Afin de lutter contre la grippe aviaire, notre camion se fait désinfecter avant de traverser le territoire de ces gallinacés.

 

Déclarée patrimoine culturel de la Nation, le site de Caral compte, entre autres, quelques sept pyramides construites entre 3000 et 1800 avant JC. Il s’agissait de la capital de la civilisation des Caralinos, véritable centre du pouvoir politique, administratif et religieux.

Amphithéâtre

 

Niches destinées aux offrandes

 

 

On apprend que les Caralinos utilisaient déjà les énergies disponibles du soleil, du vent et du feu pour gérer la transformation, la conservation et le stockage des produits alimentaires. Leurs constructions disposaient de conduits de ventilation.
Leur alimentation quotidienne à base de poisson (anchois, sardines, mollusques marins et algues) provenaient du site Aspero situé en bord de mer. Afin d’éviter la décomposition rapide de ces produits durant le transport, ils les salaient et les séchaient en les déposant sur des cordes (issues du coton local qu’ils cultivaient).
Ces aliments leur servaient aussi de monnaie d’échange au cours de rencontres.

Leurs bâtiments publics pyramidaux, constitués de plates-formes superposées, plus larges à la base et plus petites en hauteur, faites de pierres, de terre et de matériaux organiques, ont été subtilement pensés pour garantir la stabilité des constructions dans ces zones fortement sismiques.
C’est leur génie civile d’il y à 5000 ans qui a permis à ces bâtiments monumentaux de perdurer jusqu’à nos jours.

 

 

Nous retournons ensuite en bord de mer pour aller voir le site d’Áspero.

Ville de pêcheurs, Áspero était très importante dans le réseau d’échanges avec les habitants de l’intérieur de la vallée, parmi lesquels ceux de la Ville Sacrée de Caral.
Beaucoup plus endommagé que le site de Caral de par sa proximité avec la mer, le site a toutefois apporté énormément d’informations sur les modes de pêche et de conservation de la nourriture de la civilisation Caralinos.
Au vue de certains coquillages retrouvés sur les lieux, on pense que les habitants d’Áspero se seraient déplacés jusqu’en Equateur, seul lieu où l’on trouve ce produit de la mer.

Photo locale

 

Pour rejoindre la Cordillère blanche, nous empruntons la Ruta 14. Une première étape à la laguna Conocacha (4.030m) nous offre une jolie vue sur les premiers cimes enneigées de la cordillère centrale.

 

 

De nombreuses espèces d’oiseaux se côtoient tandis que les vaches paissent sans s’en soucier.

 

Le lendemain, nous partons à la rencontre de la fameuse géante, la Puya Raimondi, une plante exceptionnelle.
Pour ce faire, nous pénétrons dans le P.N. Huascaran par son entrée sud. La piste grimpe gentiment vers le glacier Huascaran

 

Apparentée à la famille des broméliacées, la Puya Raimondi ressemble à un énorme ananas. Sa croissance est extrêmement lente. Cela peut durer près d’un siècle. Adulte, son tronc est massif, surmonté d’une rosace de feuilles vraiment acérées. Attention, qui s’y frotte s’y pique !
Nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de la découvrir en fleurs.

 

 

Ici, l’habitat est très particulier. Ces petites chaumières, faites de pierres, de bois et de toit végétal sont encore habitées toute l’année, souvent par des personnes âgées.

 

La Cordillère blanche s’étend sur 158 km et compte 7 sommets à plus de 6.000 m. C’est le Nevado Huascaran qui domine le Pérou du haut de ses 6.768m ! On dénombrerait pas moins de 663 glaciers à l’intérieur du Parc qui régressent peu à peu de plusieurs km depuis les années 1980 en raison du réchauffement climatique.

 

Après une magnifique balade, nous quittons l’entrée sud du parc pour nous rapprocher d’Huaraz et des axes qui nous permettront de grimper vers les lagunes d’altitude. Deux d’entre elles nous tentent : la laguna de Llanganuco et celle de Paron.

 

En chemin, nous assistons au séchage des petits piments, ultra piquants, utilisés notamment pour le céviche.

 

Mais, avant de découvrir les lagunes d’altitude, nous nous rendons tout au fond d’une vallée afin d’aller visiter le site de Chavin de Huántar.
Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il s’agit de l’un des sites les plus anciens et les plus importants du Pérou précolombien.

 

Nous optons d’abord pour la visite du musée, situé à un tout autre endroit de la ville, avant de nous rendre sur le site.

 

Le site de Chavin de Huantar :

Installé sur un grand plateau, au bord d’une rivière, ce site n’a, à première vue, rien d’extraordinaire… si ce n’est que la civilisation Chavin est considérée comme la mère des autres cultures andines. Elle se serait développée entre 3500 et 200 avant JC !
Cette période est caractérisée par l’apparition de grands temples en pierre où avaient lieu de nombreux échanges culturels. L’organisation sociale était importante et les élites religieuses disposaient du pouvoir.

Ce sanctuaire religieux situé en plein coeur des montagnes était un haut lieu de pèlerinage où se déroulaient de grandes cérémonies initiatiques dirigées par des prêtres qui, sous l’emprise de cactus hallucinogènes, entraient totalement en transe.

Sa construction aurait duré près de mille ans. (plans, constructions et rénovations). Tout en pierres avec du mortier d’argile et de boue, on comprend aisément qu’il ne fut pas facile à cet ensemble de traverser les siècles.

 

 

A l’intérieur, de nombreux dédales et tunnels subsistent encore, renfermant les mystères d’une civilisation étrange.

 

CALENDRIER CHAVIN (EN FONCTION DE LA LUMIÈRE)

 

 

 

Ce qui est le plus surprenant dans le bâtiment principal de Chavin, c’est le système de galeries internes, soutenues par de grandes poutres de pierres et comprenant de multitudes petites pièces à différents niveaux, reliées entre elles et à l’extérieur par un système de ventilation et d’éclairage naturel.

 

On pense que les « têtes de clous », comme ils les appellent, remplissaient non seulement une fonction décorative du temple mais reflétaient également les états altérés de perception que vivaient les prêtres après avoir ingéré de puissantes substances hallucinogènes. En observant les têtes au musée, on peut voir que les traits humains de ces dernières se transforment en êtres mythologiques aux caractéristiques félines.

La place de Chavin de Huantar a un petit côté grec avec ses couleurs bleu et blanc et l’animation qui y règne lors de notre passage nous indique que c’est l’heure du marché.

 

 

 

Le chapeau traditionnel de la région est vraiment très spécial : haut de forme et travaillé avec beaucoup d’originalité, il leur apporte une petite touche élégante. Au Pérou, Il est assez exceptionnel de voir des femmes non chapeautées dans les villages. La plupart d’entre elles porte un chapeau qui semble lié à leur origine. En tous les cas, à ces altitudes élevées où elles vivent, elles se protègent clairement du soleil.

 

 

Nous quittons Chavin de Huantar par le même chemin qu’à l’aller, ne sachant pas trop dans quel état se trouve la longue et sinueuse piste qui rejoint le spectaculaire col de Punta Olimpica (4.900 m). Nous n’avons pas trop envie de nous donner des sueurs froides, seuls à ces altitudes et c’est tout de même un sacré détour pour rejoindre Yungay..

 

Laguna Llanganuco (Alt. 3.890m) :

Nous décidons de rejoindre la lagune par nos propres moyens. La piste semble large et totalement praticable pour notre monture. Nous l’empruntons donc au départ du village de Yungay.

En chemin, d’immenses cultures de fraises occupent les pentes des montagnes, à plus de 3.000 m.

 

Nous croisons la route d’un vaillant couple de français, Guillaume et Soline, qui effectue la montée à vélo et qui compte rejoindre le col de Punta Olimpica en quelques jours…. à plus de 4.500 m d’altitude, il nous impressionne sacrément ! D’autant plus que nous savons que cette partie de la piste au-delà de la lagune n’est vraiment pas en bon état.

 

Nous pensons passer la nuit là-haut et redescendre le lendemain. Nous nous donnons donc rendez-vous à la Laguna.

 

La Laguna Llanganuco est en réalité composée de deux lacs d’altitude, nichés entre le Huascarán et le Huandoy. Si le soleil daigne pointer le bout de son nez (ce fut relativement bref pour nous), les lagunes sont d’un vert émeraude magnifique.
Sur le bord du lac inférieur, le plus grand des deux, pousse une variété de chêne-liège, le quenua, aux formes assez tourmentées.

 

Comme le temps se couvre fortement et que le vent se lève, nous décidons finalement de redescendre dans la vallée et de passer la nuit à Yungay. Nous recroisons la route de nos deux cyclistes en plein effort avec qui nous passons une petite heure. Ils hésitent à poursuivre leur ascension puis finalement se relancent dans l’aventure.
L’application Polarsteps nous fera savoir qu’ils sont bien arrivés sains et saufs de l’autre côté de la vallée.

Notre but est de rejoindre la ville de Caraz. Non pas qu’elle soit jolie, loin de là, mais c’est là notre point de départ pour prendre un taxi qui nous mènera à la Laguna Paron. La piste est extrêmement mauvaise et beaucoup trop étroite pour notre camion. Seuls les minibus touristiques et quelques voitures y grimpent.

A cette saison, les pics enneigés de la Cordillère Blanche devraient être découverts, libres de toute masse nuageuse. Etrangement, ce n’est pas le cas. Comme pour beaucoup de coins du monde, la météo n’est pas habituelle, nous dit-on : les sommets se couvrent de gros nuages vers 10h -11h du matin.
Voir la Laguna sans soleil n’a pas vraiment d’intérêt.
Nous décidons donc de réserver un taxi privé pour 7h du matin. Les minibus des agences touristiques ne partent pas avant 8h-8h30… Après quasi deux bonnes heures de grimpettes, nous atteignons presque les lieux. Un éboulement de terrain nous force à poursuivre les derniers 500 m à pieds.

 

Sur place, le spectacle est incroyablement beau. Nous sommes littéralement subjugués par les lieux, les contrastes de couleurs, les pics acérés et les glaciers environnants.
Nous savourons pleinement ces lieux baignés d’un doux soleil durant une bonne heure, longeant la lagune jusqu’à quasi son extrémité.
C’est une vraie récompense car la piste pour y arriver n’est franchement pas des plus reposantes…

 

 

 

Des back-packers qui font des randonnées de plusieurs jours au coeur de la Cordillère blanche ont passé la nuit sous-tente au bord de la lagune. Nous ne jouons plus dans la même cour de récréation, c’est sûr… Des trek à très haute altitude, ce n’est plus pour nous.

 

Le lac Parón (Alt. 4.185 m) est le lac glacière le plus vaste de la Cordillère blanche (3,5 km de long sur 800 m de large).
Dans ses eaux vert-bleu, se reflètent les 7 cimes enneigées des massifs du Huandoy (Alt. 6.395m), du Nevado Artesonraju (Alt. 6.026 m) et du Nevado Pirámide de Garcilaso (Alt. 5.885 m)

 

 

 

C’est à Caraz que nous décidons de quitter la Cordillère blanche. Ces étendues sont davantage faites pour des randonneurs hautement expérimentés.
La route qui continue passe par le canon del Pato qui n’est malheureusement que d’une seule bande. En outre, il  comporte quelques 35 tunnels creusés à même la roche. Nous ne souhaitons pas nous donner des frayeurs inutiles et prendre le risque d’accrocher le toit du véhicule dans l’un de ses nombreux tunnels non éclairés ou devoir faire marche arrière sur plusieurs centaines de mètres pour laisser passer un convoyeur venant en sens inverse.

La seule route asphaltée traversant les montagnes et menant sur la côte pacifique démarre à la ville d’Huaraz.
Nous retournons donc sur nos pas pour l’emprunter, traverser les montagnes et retrouver l’océan.

A bientôt alors côté Pacifique !

 

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Moens Marcel
Moens Marcel
22 jours il y a

Toujours très chouette de vous suivre! N’abusez pas des cactus! A bientôt sur le Pacifique!

Paul Van der Elst
Paul Van der Elst
22 jours il y a

Reportage exceptionnel sur des paysages grandioses à des altitudes incroyables, je pensais que ces pays se trouvaient à 3.500 m, je découvre les 4, 5 et 6.000 mètres .
Photos de toute beauté, j’adore.
Bravo une fois de plus pour ce que vous nous faite découvrir.
Bisous et à bientôt chez nous

Paul Van der Elst
Paul Van der Elst
22 jours il y a

J’oublie de parler de cette civilisation incroyable, 3500 ans avant JC, c’est sans doute une des plus anciennes civilisation avant les Incas, la Mésopotamie, l’Egypte …

Alain Godefroid
Alain Godefroid
22 jours il y a

Que d’enseignements ! Que d’imagés fabuleuses ! Merci encore une fois pour ce partage

Annie et Emile
Annie et Emile
21 jours il y a

Encore un reportage époustouflant ! On en prend plein les yeux avec ce bleu de l’eau mais aussi avec les photos des villages et des habitants !
Ne venez pas vous plaindre que d’autres montent plus haut que vous, alors que vous en faites déjà de remarquables performances.
Merci pour ces photos et ces explications, j’en apprends tous les jours avec vous !
Bises de nous deux

Myriam
Myriam
21 jours il y a

Que de belles photos et comme d’hab le commentaire d’une pro…
À très bientôt

Fettweis, Claire
Fettweis, Claire
20 jours il y a

Superbe tout ces lacs, je suppose qu’on ne nage pas dans ces lacs. A bientôt, en Belgique
sous la pluie, en compagnie des politiques qui se disputent (pas commme Trump) mais avec la famille, les copains. Bis.

Marie Dooms
Marie Dooms
19 jours il y a

C’est incroyablement beau. Merci du partage.

ALCOL
ALCOL
16 jours il y a

Hello les amis,

C’est très haut, mais c’est très beau…
Altitude et cactus donnent souvent des maux de tête, mais il faut bien avouer
qu’à Rixensart on se régale de ces magnifiques photos accompagnées de textes
très instructifs…
Encore bravo et merci pour ce nouveau carnet de voyage concernant la Cordillère blanche.
Biz à partager
Colette et Alain